Voix off "professionnelle" : que veut vraiment dire ce mot ?


Dans le métier de la voix off, un débat revient régulièrement : certains comédiens et comédiennes expérimentés reprochent aux nouveaux venus de se qualifier trop vite de "professionnels". Le sous-entendu est souvent le même : professionnel devrait être réservé à ceux qui ont un certain nombre d'années d'expérience, un certain niveau de maîtrise, une certaine reconnaissance dans le métier. Je comprends cette exigence. Mais je crois qu'elle repose sur une confusion entre deux mots qui n'ont pas le même sens : professionnel et expert.

Professionnel, ce n'est pas un niveau. C'est un statut.

Au sens strict, un professionnel est une personne qui exerce une activité comme métier, en tirant l'essentiel ou la totalité de ses revenus de cette activité, dans un cadre légal et déclaré — et non comme loisir, passion annexe ou complément occasionnel.

C'est exactement ce que je suis : la voix off est ma profession. Pas un à-côté, pas un hobby valorisé sur les réseaux, pas une activité que j'exerce "aussi". C'est mon métier à temps plein, avec tout ce que cela suppose : un statut, une facturation, des clients, des délais à tenir, une exigence de résultat.

Ce mot ne dit rien de mon niveau. Il dit simplement où se situe cette activité dans ma vie et dans mon rapport au travail.

C'est d'ailleurs comme ça que ce mot fonctionne dans la plupart des métiers. Un boulanger qui ouvre sa boutique se présente comme boulanger professionnel dès le premier jour, sans que personne n'y trouve à redire. Un maçon qui monte son activité se dit maçon professionnel dès qu'il travaille pour des clients, pas au bout de quinze ans de chantiers.

Dans la majorité des métiers, "professionnel" s'applique dès qu'on exerce réellement l'activité sur le marché du travail — ce n'est que dans certains métiers artistiques ou créatifs que le mot se retrouve chargé d'une exigence de niveau qu'il n'a pas ailleurs.

Concrètement, ça veut dire quoi ? Tous les jours, je suis dans ma cabine à enregistrer ou à travailler mes textes. Je démarche, je réponds aux demandes qui arrivent, je gère mon site, je m'entraîne pour progresser sur de nouveaux registres.

C'est mon activité à 100 % — pas un passe-temps, pas un complément de revenu, pas quelque chose que je fais "à côté" d'autre chose. C'est mon travail, à temps plein, tous les jours.

Expert, c'est autre chose : une reconnaissance qui se construit dans le temps

L'expertise, elle, se mesure différemment : par l'expérience accumulée, la diversité des projets menés, la reconnaissance des pairs et des clients, la maîtrise fine de techniques acquises au fil des années.

On ne devient pas expert le jour où l'on commence une activité — on le devient, éventuellement, après l'avoir exercée longtemps, avec exigence et remise en question constante.

Je ne me prétends pas experte. Je suis en apprentissage permanent, comme n'importe qui qui prend son métier au sérieux.

Ce que je revendique, en revanche, c'est le statut de professionnelle : quelqu'un qui exerce ce métier avec sérieux, avec un cadre clair, et avec l'ambition de progresser sans cesse.

Et j'espère bien qu'un jour, avec le temps et l'expérience, je parviendrai justement à ce statut d'experte.

Ma position

Je me qualifie de professionnelle parce que c'est très exactement ce que je suis : quelqu'un qui a fait de la voix off son métier, à temps plein, avec l'exigence, le sérieux et la rigueur que cela implique.

Ce n'est pas parce que je n'exerce pas depuis dix ou vingt ans que ce mot ne me revient pas. Il ne s'agit pas d'ancienneté, mais de réalité : c'est mon activité, aujourd'hui, à 100 %.

Ce n'est pas un raccourci marketing, encore moins une façon de me faire passer pour ce que je ne suis pas. C'est une description honnête de ma situation.

Si vous avez un projet et que vous hésitez sur le bon interlocuteur, la meilleure façon de juger reste toujours la même : écoutez les démos, échangez sur le projet, et faites-vous votre propre avis.

Recherche